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Quoi de mieux qu’un petit billet incendiaire sur Google pour introduire ce blog dans le monde du SEO ? Ça tombe bien ma bonne dame, les sujets ne manquent pas. Notre ami peut bien laver les SERP à grands coups de lessive et se la jouer Judge Dredd en blacklisant à tour de bras, il n’est pas (encore) interdit de s’en moquer.

Autant s’y adonner à cœur joie.

Les SEO, esclaves de Google ?

C’est l’histoire de Winston et Julia arrêtés par la Police de la Pensée

Avant de distribuer des blâmes comme Jésus multipliait le pain, je me dois de préciser une chose : je ne suis pas un vieux routard du SEO, loin de là. J’ai commencé à m’y intéresser début 2013 et j’en ai fais mon quotidien depuis maintenant plusieurs mois. Et, wow, je n’ai pas vu le temps passer ; ce malheureux blog fut long à créer, moins par manque d’idée ou de fainéantise, mais plus par manque de temps. Sans compter ma pauvre connexion d’étudiant à domicile, j’ai l’impression d’être au Pérou… Mais passons !

Plus que la découverte des outils et des techniques, c’est peut-être surtout le fait d’apprendre à me méfier de Google qui m’a le plus impacté. J’étais loin de me douter que derrière ce nom rigolo et coloré se cachait une monstruosité Lovecraftienne en puissance. Et mes collègues ne sont sans doute pas étrangers à cet état de fait : après quelques temps passés à leurs côtés, bas les masques ! On en apprend des drôles de trucs. Et je ne peux que m’en féliciter : ça donne matière à réfléchir.

En tout cas, rien ne vaut un petit test empirique pour comprendre à quel point votre cerveau est englué dans la choucroute : il y a quelques temps de ça, alors que je surfais péniblement sur le Oueb un week-end, je me suis surpris à analyser les pages des différents sites comme si je m’apprêtais à pondre un audit ou un diagnostic. « Tiens, elle est beaucoup trop longue cette Title », « Tiens, c’est un site flat », « Tiens, c’est Tchernobyl son arborescence ».

Là, j’ai compris qu’un truc déconnait.

« Mais pourquoi donc ? », s’exclameront les uns et les autres ; non, ce n’est pas parce que j’ai acquis quelques réflexes SEO (heureusement d’ailleurs). Ce n’est pas non plus parce que je suis devenu très critique vis-à-vis des sites que l’on rencontre sur le net. La réalité est bien pis encore.

J’ai compris à ce moment là que Google m’avait eu lui aussi. Je suis rentré dans son giron en douceur, comme un mouton docile, et il me faudrait maintenant une bonne lobotomie sauvage pour tout oublier. Hélas, cette charmante opération n’est plus vraiment d’actualité…

"Don't be evil" qu'ils disaient...

Le référencement naturel : la politique de la pensée unique

C’est triste, mais c’est ainsi : le SEO formate, le SEO conditionne. Toutes nos techniques, nos outils, nos incantations et autres breloques achetés une poignée de dollars au Triboustan pour générer du contenu barbare sont destinés à manipuler les algorithmes de Google. Mais qui manipule qui ? Ne soyons pas idiots et n’ayons pas la prétention de croire que nous pouvons berner Google au gré de nos envies : un petit cloaking de lien par ci, un petit coup de spinning par là, c’est rigolo et l’autre imbécile n’y voit que du feu. La réalité est bien plus tragique : nous sommes tous des marionnettes aux mains de Google.

De l’optimisation des balises Titles aux ancres de liens fignolées aux petits oignons, tout ce que nous faisons est réalisé dans la perspective de contenter le Géant. Je peux concevoir qu’après plusieurs années de pratique SEO on ne s’en rende plus compte, mais pour un noob comme moi, bordel, ça saute quand même aux yeux ! D’où est-ce que ça sort, ça, les Meta Desc optimisées entre 150 et 156 caractères ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas stuffer comme un porc ma balise Title de mots-clefs ? Qui a décidé tout ça ?

Google ? Ah. Bon, d’accord. Si on est obligés de faire comme ça… Ouais parce qu’on a pas vraiment le choix si je comprends bien ? Ce n’est pas comme si Google était l’un des premiers moteurs de recherche utilisés en France (vous admirerez le doux euphémisme). Lutter contre Mountain View ? Oubliez tout de suite l’idée. Ce n’est pas certain que David triomphe de Goliath cette fois-ci. Reconnaissons toutefois que la volonté de Google de promouvoir du contenu user-centric est louable ; personne n’a envie de voir le Net se transformer en décharge de MFA et de CP.

Si Google n’a pas créé stricto sensu le métier de référenceur, il participe en tout cas profondément à son évolution – et à sa mise aux fers, car chaque jour passé à faire du SEO nous entraîne un peu plus vers l’abîme. Il est difficile de dire qui a le plus besoin de l’autre, mais il m’est avis que Google est beaucoup plus désintéressé que nous…

Fort heureusement, Google n'est pas encore un Dieu Numérique.

SEO : mutation et résistance

Arrivé à ce point, j’en entends déjà quelques-uns crier : « okay cool, super la vision pessimiste, il a plus qu’à annoncer la mort du SEO et on aura fait le tour ».

Désolé… mais non. Je ne suis pas un partisan de la « mort du SEO » (en tout cas, pas encore, allez-y, convainquez-moi). J’ai bien compris que le métier change vite et qu’il n’a aujourd’hui plus rien à voir avec ce qui se faisait avant. Et c’est là tout le problème : le métier change, mute et se transforme. Certains y voient là un signe de mort ; j’y vois une nécessité de s’adapter. C’est peut-être malheureux, mais faire du SEO comme un bourrin n’a plus beaucoup de chance de passer aujourd’hui (enfin… ça dépend !).

L’éphémère fait force de loi : voilà l’une des premières leçons que j’ai apprise en débarquant dans le SEO. Peu de choses m’ont parues aussi fragiles et précaires ; la guillotine de la pénalité n’est jamais très loin pour vous sanctionner. Google est notre Vanité moderne ; comme les romains qui faisaient siéger un cadavre à leurs banquets, nous ne devons pas oublier que rien n’est jamais acquis.

Notre esclavagisme ne doit cependant pas être synonyme d’acceptation muette. Si Google reste le Maître, les révoltes peuvent – et doivent – éclater. Attention : il ne s’agit pas ici de cramer son site à grands coups de blast ! Nous devons simplement accepter ce pour quoi nous sommes faits : manipuler Google pour hisser des sites en haut de la montagne. La dichotomie « White Hat » et « Black Hat » est absurde et ne tient pas compte de la réalité : si toutes les techniques ne sont pas bonnes à utiliser pour un client, suivre scrupuleusement les guidelines Google revient à s’attacher une cloche pour aller bêler avec les autres moutons. N’en déplaise à certains chevaliers blancs, les ravages de Pingouin n’ont épargné personne, pas même les sites « white hat »

Alors que faire ? S’adonner au punk SEO, comme l’affirmait Laurent Bourrelly dans l’un de ses billets ? Ça aurait au moins le mérite d’être rigolo. Cloaker, blaster, scraper et spinner jusqu’à plus soif pour faire un gigantesque « fuck » à Google et s’échouer ensuite ivres morts sur le rivage de la pénalité ; un programme aussi réjouissant… qu’inutile. Etre punk, d’accord : mais faisons du punk utile. Tout le jeu consiste à se libérer des chaînes de Google en feignant la captivité…

… Jusqu’à ce qu’une nouvelle mise à jour de l’algorithme ajoute un fer à nos pieds.